Le recueil

En utilisant l’humour comme un scalpel et la poésie comme une avancée salvatrice, Un fruit ne peut éclore sans l’action répétée du soleil
offre un coup de projecteur vibrant de justesse sur toutes ces choses en nous que nous ne pouvons changer.
Ces treize nouvelles ne nous confrontent pas à notre immobilité. Au contraire. Dans un univers drôle et décalé, elles nous invitent à une avancée douce et magnétique vers nous-mêmes.

Nous étions sur une île idyllique depuis deux jours. Ce qui l’était moins, c’est que nous allions y rester trois semaines. Pour beaucoup, la dolce vita est un luxe. Pour moi, c’est un cauchemar. Quand j’ai osé proposer à mon mari de se mettre en mouvement, il m’a souri en me disant qu’il l’était déjà : il tournait les pages de son roman et buvait de temps en temps. Le troisième jour, en matinée, j’ai tenté un dernier « Qu’est-ce qu’on fait ? » et il m’a répondu ; « On profite !». Pleine de rage, j’aurais pu claquer la porte et partir me promener. Mais je sentais bien que j’avais l’opportunité d’apprendre quelque chose que je n’avais jamais su développer : ne rien faire et en profiter. Alors que j’étais assise sur le canapé, prête à bondir, j’ai décidé de m’y coucher. Ne faire rien, c’est une action en soi, me suis-je dit pour m’aider.

Extrait de la nouvelle Ne rien faire (qui vaille)

Les extraits

Il m’avoua que notre intimité, il la retrouvait dans mes histoires. Il avait le sentiment de revoir des lieux que nous avions vus ensemble. Mais surtout, il retrouvait des saveurs. Des odeurs. Une façon de s’abandonner au temps qui passe. De le laisser faire son travail en soi et de voir où il nous mènera.

Il me dit que dans mes histoires, il n’y avait jamais d’actions précipitées. Que les événements et les êtres prenaient le temps d’aller les uns vers les autres et que tout arrivait au moment adéquat.

Extrait de la nouvelle Un fruit ne peut éclore sans l’action répétée du soleil

Mon frère et mes deux sœurs avaient, eux aussi, des difficultés à exprimer leurs envies. Une de mes amies nous appelait la famille N’importe. Elle avait tout à fait raison. Quand ma sœur quitta son mari, elle donna pour la première fois son avis « oui, je veux te quitter ». Mon beau-frère eut pour la première fois le sentiment d’être à deux, dans la relation. C’est moche que ce soit ainsi, me dit-il, qu’il faille arriver à la rupture pour enfin être deux. Mon mari, quant à lui, ne se serait pas réjoui d’être à deux dans son couple, être seul lui convenait à merveille. Et moi, je ne savais pas si je préférais être mariée ou divorcée. En quelque sorte, nous nous entendions bien.

Extrait de la nouvelle La petite pelle jaune

J’ai toujours trouvé que les maisons abandonnées offraient une présence bien plus forte que les lieux habités. Un espace déserté n’est plus délimité par le vécu de ses habitants. Il devient vaporeux, les portes et les fenêtres sont ouvertes et peuvent accueillir tous les imaginaires. Une poésie se dégage de ces lieux. La poésie de l’abandon.

J’étais chez un bouquiniste, dans le quartier chinois de São Paulo et je voyais virevolter, par la lucarne des combles, les tentures grisâtres d’une maison délaissée. Les étagères laissaient peu de place pour le passage des flâneurs. Les livres étaient entassés, il fallait les soulever pour découvrir les titres et les auteurs. Ça sentait le soleil et la poussière. Il y avait en moi un vide prêt à accueillir une fiction qui m’éblouirait.

Extrait de la nouvelle La poésie de l’abandon